Gérer un restaurant en station de montagne, c'est vivre deux vies en une. L'hiver, la salle ne désemplit pas, les réservations s'enchaînent, et vous refusez du monde. L'été — ou pire, en intersaison — vous comptez les couverts en espérant atteindre le seuil de rentabilité.
Votre site internet peut transformer cette équation. Bien conçu, il devient votre meilleur commercial : il travaille 24h/24, il parle anglais, et il ne prend jamais de vacances.
Ce guide vous montre comment créer un site web qui remplit votre salle toute l'année, que vous soyez restaurateur à Chamonix, Megève, Saint-Gervais ou dans n'importe quelle station des Alpes.
Les défis uniques des restaurants de montagne
Avant de parler site web, comprenons les problématiques spécifiques de votre activité.
La saisonnalité brutale
En Haute-Savoie, un restaurant de station peut faire 60% de son chiffre d'affaires annuel en 3 mois d'hiver. Le reste de l'année oscille entre calme relatif (été) et désert complet (mai-juin, octobre-novembre).
- En haute saison : faciliter les réservations, réduire les appels, gérer l'affluence
- En basse saison : attirer les clients, mettre en avant les offres, cibler les locaux
La double clientèle
Vous servez deux populations très différentes :
Les touristes cherchent l'expérience montagne. Ils réservent souvent à l'avance, depuis leur hôtel ou avant même d'arriver. Ils veulent voir des photos, lire les avis, comprendre le style de cuisine. Beaucoup ne parlent pas français. Les locaux connaissent déjà l'établissement. Ils veulent consulter le menu du jour, vérifier les horaires, peut-être commander à emporter. Ils n'ont pas besoin d'être convaincus, mais d'informations pratiques.Un bon site sert ces deux audiences sans sacrifier l'une pour l'autre.
La guerre des plateformes
TheFork, TripAdvisor, Google Maps, Yelp... Ces plateformes drainent du trafic, mais à quel prix ?
TheFork prend 2 à 4€ par couvert réservé. Sur un restaurant de 50 couverts/jour pendant 120 jours de haute saison, ça représente 12 000 à 24 000€ par an en commissions.
Votre site peut récupérer une partie de ces réservations en direct — et ces économies vont directement dans votre poche.
Les fonctionnalités indispensables
Votre site de restaurant n'a pas besoin d'être complexe. Mais certaines fonctionnalités sont non-négociables.
Le menu : digital et toujours à jour
Le menu est la page la plus visitée de votre site. Elle doit être irréprochable.
Format recommandé : HTML, pas PDF.- Difficile à lire sur mobile (zoom, scroll horizontal)
- Impossible à modifier rapidement
- Invisible pour Google (le contenu PDF est mal indexé)
- Pas accessible aux personnes malvoyantes
- Parfaitement lisible sur tous les écrans
- Modifiable en 2 minutes quand un plat change
- Indexé par Google ("tartiflette Megève" peut vous apporter du trafic)
- Traduisible facilement
Si votre carte change selon les arrivages, prévoyez un système simple de mise à jour. Vous devez pouvoir modifier un plat ou un prix sans appeler votre développeur.
Les menus "ardoise du jour" peuvent être gérés via un système de publication rapide, voire connectés à votre compte Instagram si vous y postez déjà vos suggestions quotidiennes.
Multi-langues : FR/EN minimumEn station touristique, un menu uniquement en français vous coupe d'une partie de la clientèle. Au minimum, proposez une version anglaise.
Pour les stations très internationales (Chamonix, Megève), l'allemand et l'italien peuvent valoir l'investissement.
La réservation en ligne
Une fonctionnalité qui change la vie — la vôtre et celle de vos clients.
- Moins d'appels téléphoniques à gérer en plein service
- Réservations 24h/24 (le client réserve depuis son lit à 23h)
- Confirmation automatique par email
- Rappels automatiques (réduction des no-shows)
- Historique client exploitable
- Pas besoin d'appeler pendant vos heures d'ouverture
- Confirmation immédiate
- Facilité de modification ou annulation
Pour les restaurants victimes de no-shows répétés, demander un acompte (ou une empreinte CB) à la réservation filtre les réservations fantaisistes.
C'est particulièrement pertinent pour :
- Les tables de plus de 6 personnes
- Les soirées spéciales (Saint-Sylvestre, événements)
- Les restaurants très demandés où chaque table compte
L'acompte peut être de 10-20€ par personne, déduit de l'addition finale.
La galerie photos
En restauration, on mange d'abord avec les yeux. Vos photos doivent donner faim.
- 5-10 plats signatures (photos professionnelles si possible)
- L'ambiance de la salle (lumière chaude, tables dressées)
- La terrasse avec vue (votre atout montagne)
- L'équipe en action (humanise l'établissement)
- Les détails qui font la différence (déco, vaisselle, présentation)
- Photos floues ou mal cadrées
- Photos de téléphone avec flash disgracieux
- Salle vide qui fait "fermé"
- Trop de photos (10-15 bien choisies valent mieux que 50 moyennes)
L'investissement dans un shooting photo professionnel (300-600€) est rentabilisé en quelques semaines.
Horaires et informations pratiques
Ça paraît évident, mais combien de sites de restaurants ont des horaires faux ou incomplets ?
- Jours et heures d'ouverture (service midi ET soir)
- Fermeture hebdomadaire
- Périodes de fermeture annuelle
- Horaires différents été/hiver si applicable
- Adresse complète avec lien Google Maps
- Numéro de téléphone cliquable (sur mobile, un tap = appel)
- Parking à proximité
- Accessibilité PMR
- Animaux acceptés ou non
Click & collect / Livraison
La crise sanitaire a démocratisé la vente à emporter. Beaucoup de restaurants de station ont découvert une nouvelle clientèle : les saisonniers logés dans des studios sans cuisine décente, les familles en location qui veulent une soirée sans vaisselle.
- Le menu disponible en click & collect (parfois différent du menu sur place)
- La commande en ligne avec choix du créneau de retrait
- Le paiement en avance (moins d'attente au comptoir)
Ce n'est pas obligatoire, mais c'est un service différenciant apprécié.
Menu digital vs menu PDF : le débat tranché
Beaucoup de restaurateurs hésitent encore. "Mon menu PDF fonctionne très bien." Vraiment ?
Les problèmes du PDF
Sur mobile, c'est l'enfer. Essayez de lire un menu A4 sur un écran de 6 pouces. Zoom, dézoom, scroll dans tous les sens... L'expérience est pénible. Google ne lit pas les PDF. Si un touriste cherche "raclette Chamonix", votre PDF ne remontera pas. Un menu en HTML, si. Modifier un PDF prend du temps. Il faut rouvrir le fichier source, modifier, re-exporter, re-uploader. Pour changer un prix, c'est 10 minutes minimum. Sur un menu HTML, c'est 30 secondes. Les allergènes sont ingérables. La réglementation impose l'affichage des allergènes. Sur un PDF, c'est une note en bas de page illisible. Sur un menu digital, chaque plat peut afficher ses allergènes au clic.Les avantages du menu HTML
Responsive par nature. Il s'adapte automatiquement à l'écran : lisible sur téléphone, tablette, ordinateur. SEO-friendly. Chaque plat devient une opportunité de référencement. "Fondue savoyarde", "entrecôte sauce morilles", "tarte aux myrtilles maison"... Ces termes peuvent attirer du trafic. Mise à jour instantanée. Rupture de stock sur un plat ? Vous le retirez en 30 secondes. Nouveau dessert ? Il est en ligne dans la minute. Multilingue facile. Un système bien conçu permet de basculer FR/EN sans dupliquer tout le contenu.Le QR code : pont entre physique et digital
- Hygiénique (pas de carte qui passe de main en main)
- Toujours à jour (vous modifiez le menu en ligne, le QR pointe vers la nouvelle version)
- Multilingue instantané (le client choisit sa langue)
- Économique (pas de réimpression à chaque changement)
L'idéal : proposer les deux. QR code pour ceux qui préfèrent, carte physique pour les autres.
Réservation : stopper la dépendance aux plateformes
TheFork a rendu un service au secteur en démocratisant la réservation en ligne. Mais cette dépendance a un coût.
Ce que vous coûtent vraiment les plateformes
- Commission de base : 2€ par couvert
- Programme Yums : jusqu'à 4€ par couvert
- Promotions "Special Offer" : jusqu'à 50% de réduction que vous financez
Sur un restaurant faisant 8 000 couverts/an via TheFork, c'est 16 000 à 32 000€ de commissions.
- Réservations via leurs plateformes = commissions similaires
- Pression constante pour maintenir une note élevée
La solution : un système de réservation sur votre site
Des outils permettent d'intégrer un module de réservation directement sur votre site :
- Zenchef (français, populaire en restauration)
- Guestonline
- ResDiary
- Module sur-mesure intégré à votre site
- Connexion à votre logiciel de caisse
Le coût ? Entre 50 et 150€/mois selon les fonctionnalités. Soit le prix de 25-75 couverts TheFork. Si vous dépassez ce volume en réservations directes, vous êtes gagnant.
La stratégie hybride réaliste
Couper totalement avec TheFork est risqué. La plateforme apporte de la visibilité et des clients qui ne vous auraient pas trouvé autrement.
La stratégie intelligente :
1. Maintenez une présence sur TheFork mais sans promotions agressives
2. Développez vos réservations directes via votre site
3. Fidélisez les clients TheFork pour qu'ils reviennent en direct
Comment fidéliser ? À la fin du repas, glissez une carte de visite avec : "Réservez directement sur notre site et bénéficiez de [avantage]". L'avantage peut être un apéritif offert, un dessert, une priorité sur les meilleures tables...
SEO local : être trouvé au bon moment
Un touriste à Chamonix ouvre Google à 11h30 et tape "où manger chamonix". Apparaissez-vous dans les résultats ?
Votre fiche Google Business : le minimum vital
Si vous n'avez pas de fiche Google Business optimisée, arrêtez tout et créez-la maintenant.
- Nom exact du restaurant
- Adresse précise
- Numéro de téléphone
- Horaires (attention aux changements saisonniers)
- Catégorie : "Restaurant", puis sous-catégories pertinentes
- Photos appétissantes (minimum 10)
- Menu (vous pouvez uploader votre carte)
- Lien vers votre site pour réservation
Les avis Google : votre réputation en ligne
Les avis influencent directement votre visibilité ET le choix des clients.
- Demandez à la fin du repas (quand le client est satisfait)
- Affichez un QR code "Donnez votre avis" sur l'addition
- Envoyez un email post-visite aux clients ayant réservé en ligne
- Répondez toujours, calmement et professionnellement
- Ne vous justifiez pas excessivement
- Proposez une résolution en privé
Un restaurant à 4.4 étoiles avec 200 avis inspire plus confiance qu'un restaurant à 5.0 étoiles avec 8 avis.
Sur votre site : les mots-clés qui comptent
- Le nom de votre ville/station
- Le type de cuisine ("savoyard", "gastronomique", "pizza")
- Les plats signatures ("tartiflette", "fondue", "raclette")
- Les occasions ("restaurant groupe Megève", "dîner romantique Chamonix")
Votre page d'accueil devrait naturellement contenir une phrase comme : "Restaurant de cuisine savoyarde au cœur de Megève, nous vous accueillons dans un cadre authentique pour découvrir les spécialités de montagne."
Exemples de ce qui fonctionne (et ce qui manque)
Sans citer de noms, voici des patterns observés sur les sites de restaurants de montagne en Haute-Savoie :
Ce qui fonctionne
Les photos qui font saliver. Un site avec 5 photos professionnelles de plats bien présentés convertit mieux qu'un site avec 50 photos amateur. La réservation en 2 clics. Date, heure, nombre de personnes, coordonnées. Pas 15 champs obligatoires. Le menu toujours à jour. Rien de pire qu'arriver et découvrir que le plat qui vous faisait envie n'existe plus depuis 6 mois. L'ambiance visible. Une vidéo de 30 secondes montrant la salle, la vue, l'équipe, vaut mieux que des paragraphes de description.Ce qui manque souvent
La version anglaise. Trop de restaurants de station n'ont qu'un site français. C'est une erreur coûteuse. Les horaires à jour. Fermeture intersaison non indiquée = clients frustrés devant porte close. Le mobile. Des sites pensés pour ordinateur, illisibles sur téléphone. En 2026, c'est impardonnable. Le temps de chargement. Images non optimisées = site qui met 8 secondes à s'afficher = client parti ailleurs.Questions fréquentes
Oui, sans hésitation. Les clients veulent savoir où ils mettent les pieds. Un restaurant qui cache ses prix donne l'impression d'avoir quelque chose à cacher. La transparence tarifaire est un signal de confiance.
Pour commencer, le menu et les informations essentielles (horaires, adresse, réservation) en anglais suffisent. Utilisez un traducteur professionnel ou un outil de qualité pour ces éléments critiques. Le reste peut rester en français dans un premier temps.
Non, mais il peut être utile pour la visibilité, surtout au lancement ou pour remplir les creux. L'objectif est de ne pas en dépendre : utilisez-le comme un canal d'acquisition, pas comme votre système de réservation principal.
Plus que jamais. Un petit restaurant ne peut pas se permettre de tables vides. Un site bien référencé qui génère 2-3 réservations supplémentaires par semaine fait une vraie différence sur votre rentabilité.
Un site vitrine avec menu digital, galerie photos et module de réservation : entre 1 500 et 3 000€. Un site plus élaboré avec click & collect, multilingue complet, blog : 3 000 à 5 000€. Le retour sur investissement se calcule en réservations directes économisées.
Passez à l'action
Votre site internet devrait être votre meilleur employé : il travaille sans relâche, il ne prend pas de congés, et il coûte moins cher qu'un mi-temps.
Les priorités :
- Optimisez votre fiche Google Business cette semaine
- Faites un shooting photo de vos plats signatures
- Passez votre menu en format digital lisible sur mobile
- Ajoutez un système de réservation sur votre site
Vous méritez un site qui remplit vos tables.
Discutons de votre projet →